Julie Mehretu
JULIE MEHRETU est née en 1970 à Addis Abeba, en Ethiopie. Elle a grandi dans le Michigan, a étudié au Sénégal et dans le Rhode Island et vit et travaille aujourd’hui à New-York. Son travail emprunte au vocabulaire visuel des cartes, des projets d’urbanisme et des plans d’architecte. Il intègre éléments historiques, images abstraites de villes et paysages fictifs en un trait frénétique qui est comme la trace ou la preuve d’une action humaine. Son point de départ réside dans l’architecture et en particulier les contextes urbains denses et compulsifs de notre siècle. Ses toiles superposent des éléments – colonnes, façades, portes – à des documents graphiques, des planimétries, des élévations. A cette profusion d’éléments visuels s’ajoutent des formes géométriques et une multitude de signes au crayon, au feutre et à l’encre, d’une grande complexité calligraphique. L’ensemble génère une sorte de tourbillon composite, qui donne forme à l’idée de compression du temps et de l’espace liée aux grandes réalités urbaines et à la condition humaine actuelle. Attentive aux aspects formels (la couleur, la ligne), aux thèmes sociaux (le pouvoir, l’histoire, la globalisation) mais aussi à la dimension du vécu personnel, l’artiste décrit ses œuvres comme « une carte narrative de lieux qui n’existent pas » : des photographies d’une réalité imaginaire, qui cherchent à représenter « les stratifications multiformes de lieux, d’espaces et de temps qui conditionnent la formation de l’identité personnelle et collective ».

Ces œuvres, qui brouillent la limite entre figuration et abstraction tout en maintenant comme point de repère le monde réel, sont des métaphores exemplaires du caractère toujours plus complexe et multiforme du XXIème siècle, que l’artiste représente sans renoncer aux moyens traditionnels du dessin et de la peinture. En s’inspirant de recherches sur l’histoire de Venise, qu’elle met en correspondance avec New York, Julie Mehretu a réalisé deux tableaux – l’un horizontal, l’autre vertical – pour le « cube » de Tadao Ando, cœur idéal de l’édifice symbole d’une ville historiquement fondée sur le commerce, en d’autres termes sur le mouvement, et pourvue comme aucune autre d’un caractère changeant dû à l’omniprésence de l’eau. Ces œuvres, centrées sur le changement perpétuel qui marque la vie de la ville aujourd’hui, élargissent la réflexion à la ville d’autrefois, recherchant dans l’héritage de la peinture de la Renaissance, son usage de la lumière et de la profondeur, la règle de composition selon laquelle la verticalité renvoie au rapport avec le divin et l’horizontalité est réservée aux choses humaines.

© Palazzo Grassi, reproduction interdite

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Intervista a Julie Mehretu
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