Né à Salt Lake City (Utah),
Paul McCarthy met depuis le début des années 70 la performance (dont il est lui-même le protagoniste), la sculpture, la peinture, le dessin, la vidéo, la photographie, au service d’une impitoyable critique de la culture et du système de valeurs dominant dans
le monde occidental, et en particulier aux Etats-Unis. Son travail, qui exerce sur de nombreux artistes
d’aujourd’hui une très grande influence, est marqué par l’excès, le paradoxe, le grotesque et l’humour –
souvent très noir. Pour répondre à la violence oppressive et hystérique du monde qui nous entoure, il
en détourne les icones les plus inoffensives (Blanche Neige, le Père Noël), il en dynamite les figures les
plus éminentes, dans le registre du pouvoir (George Bush) ou de l’art (le peintre expressionniste abstrait
de Kooning ), il en démonte les mécanismes médiatiques, consuméristes, politiques, idéologiques en un
extravagant carnaval de masques, d’objets sexuels, de ketchup, de chocolat.
Les 5 figures de
Pirate Heads, 2009, respectivement nommées Captain Dick Hat, Dick Eye, Shit Face, Pot
Head et Jack, sont une parodie féroce de la société américaine, de son obsession de la puissance et de
la domination, qu’elle soit militaire (les œuvres ont été conçues au moment de l’intervention américaine
en Irak) ou sexuelle (les notions de masculinité et de virilité sont réduites à leur plus lamentable expression), la relation entre ces deux registres étant une thématique majeure de l’œuvre de l’artiste.
Plaster Clay Figure, 2005,
The Wedge, 2004-2011,
She Man, 2004 et
Paula Jones, 2010 sont des figures de femmes nues, posées sur des tables d’atelier au milieu des outils, matériaux ou accessoires ayant servi à leur réalisation, outragées de diverses façons, affublées de masques qui brouillent toute
notion d’identité ou de genre. La violence grotesque de cette exhibition est une charge contre une
société marquée par l’oppression sexiste. La référence au réel est parfois tout à fait directe. Paula
Jones rappelle ainsi la première femme à avoir porté plainte contre Bill Clinton pour harcèlement
sexuel. Après un procès-spectacle, celle-ci a posé pour le magazine « Penthouse » et a tenté une carrière à la télévision, passant de l’état de victime d’un – présumé – abus sexuel, à l’acceptation volontaire d’un autre abus, celui de la dictature médiatique.
© Palazzo Grassi, reproduction interdite
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