Roni Horn
RONI HORN est née à New York en 1955. D’abord influencée par le minimalisme, soutenue par Donald Judd, elle en a par la suite pris ses distances en développant une recherche personnelle centrée sur les thèmes du temps et de l’identité.
Dans la démarche de Roni Horn, l’identité – individuelle ou géographique – est un concept non pas figé et monolithique, mais fondamentalement changeant et multiforme, qui trouve un écho dans la très grande variété des pratiques et des média qu’elle aborde, dessins, livres, installations photographiques, sculptures... Cette dimension de multiplicité, de mutabilité, est à l’origine d’œuvres qui se proposent de donner forme à un processus d’évolution, comme en témoignent ses nombreux travaux inspirés du paysage islandais. Pour Roni Horn, les œuvres acquièrent un sens en présence d’un spectateur, comme activées par lui.

Le titre de l’œuvre Well and Truly (2009-2010) introduit un jeu de mot entre la formule « well and truly » (bel et bien, en anglais) et le mot « well » (puit, en anglais). Les blocs de verre qui composent cet ensemble évoquent l’eau pétrifiée d’autant de puits: leurs côtés sont translucides et présentent des arêtes taillées à vif après avoir adhéré au moule durant le processus de fusion, tandis que la surface supérieure, restée en contact avec l’air, est brillante et réfléchissante jusqu’à sembler liquide. Ils apparaissent, au gré des changements de la lumière et des déplacements du spectateur, tantôt opaques, tantôt transparents, déclinant des variations chromatiques d’une infinie subtilité. Well and Truly vient subvertir l’expression même de la certitude contenue dans son énoncé au premier degré. D’abord en renvoyant à l’eau, figure de la mutabilité, de l’ambiguité, de la remise en question de l’identité, omniprésente dans l’œuvre de Roni Horn : «  En observant l’eau, dit elle, je suis prise par le vertige du sens. L’eau est la combinaison ultime : une infinité de formes, de relations et de contenus ».  En évoquant aussi la littérature, autre élément essentiel de son œuvre (les poèmes d’Emily Dickinson sont la source de nombre de ses sculptures), et en particulier le roman de Radclyffe Hall Well of Lonelyness (1928), référence importante de la culture gay. En faisant, enfin, vaciller toute certitude quant à sa nature solide ou liquide, provoquant chez le spectateur une véritable expérience physique.

© Palazzo Grassi, reproduction interdite

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