Sigmar Polke
SIGMAR POLKE (1941-2010) est né en Silesie (aujourd’hui en Pologne), qu’il quitte avec sa famille pour l’Allemagne de l’Ouest en 1953. Après des études d’art, notamment à l’Académie de Düssel dorf, il aborde dans les années 1960 une très grande variété de techniques, de matériaux et de thématiques. Depuis le « réalisme capitaliste » – mouvement qu’il lance avec son condisciple Gerhard Richter, pour critiquer à la fois le réalisme socialiste qui dominait dans les pays de l’Est et le Pop art de la société consumériste occidentale – jusqu’aux grands tableaux des années 2000, qui superposent sur la toile, en une trame complexe, des strates d’images issues de sources historiques et culturelles les plus diverses, Polke fait des notions de multiplicité et de polysémie le sujet même de son œuvre.

Axial Age (2005-2007) est un ensemble monumental depeintures réalisé à l’occasion de la Biennale 2007 avec le souhait explicite de l’artiste qu’il demeure exposé à Venise. Le titre fait référence au philosophe allemand Karl Jaspers, selon lequel une période d’extraordinaire dynamisme culturel, « l’âge axial », aurait touché, entre 800 et 200 avant J.C., les trois principaux territoires de la civilisation: le proche Orient (Grèce comprise), l’Inde et la Chine. D’importants prophètes bibliques et des penseurs révolutionnaires comme Zoroastre en Perse, Héraclite et Pythagore en Grèce, Buddha en Inde et Confucius en Chine, auraient alors jeté, simultanément mais de façon autonome, les bases spirituelles, scientifiques et philosophiques du monde. Ces fondements de l’existence portent sur la transformation de l’âme humaine lorsqu’elle prend conscience du rapport dialectique entre le visible et l’invisible. Les sept tableaux d’Axial Age explorent précisément ce rapport entre visible et invisible, mêlant en un flux continu et vertigineux des références à la mythologie (Deucalion), à la cosmogonie (Sirius), à l’histoire (Byzance), à l’histoire de l’art (les tonalités inspirées des fresques de Cimabue à Assise), à l’iconographie populaire (l’illustration Jugendstil)… Ils présentent nombre des codes artistiques de l’auteur : le refus d’adhérer à un seul langage visuel ; l’usage de la toile comme écran translucide qui bouleverse les règles de la frontalité de la peinture ; l’utilisation de la lumière pour créer un champ de perception temporel ; la passion pour le symbolisme alchimique; le rappel de techniques et procédés d’exécution du passé ; la volonté que les matériaux aillent au-delà de leur fonction traditionnelle et s’affichent sur la toile en remettant en cause les paramètres habituels de la vison.

© Palazzo Grassi, reproduction interdite

Retour
Sigmar Polke Map