La personnalité artistique de
Francesco Lo Savio, né à Rome en 1935 et disparu à 28 ans, est parmi les plus complexes et singulières de l’art européen de l’après-guerre. Précurseur des expériences artistiques connues par la suite sous le nom de « structures primaires », Lo Savio a préfiguré le Minimal Art alors même qu’explosait le plus anti-minimal des phénomènes artistiques : le Pop Art. Si ce dernier célébrait les fastes de la consommation de masse, Lo Savio poursuivait, lui, une recherche d’avant-garde qui rejoignait les enseignements de Mondrian et du Bauhaus. Refusant tout héritage postromantique, l’artiste – se servant de sa formation architecturale – revendiquait les valeurs de la lumière, de la forme et de l’espace et de leurs relations réciproques et avec la société et les formes de son organisation. Toute sa production artistique date essentiellement des années 1958-1963, durant lesquelles il exécute trois cycles picturaux : « Spazio-Luce » où il se concentre sur l’énergie des formes pures comme le cercle et le carré, les « Filtri », dans lesquels il superpose les formes pures en les transformant en « corps de lumière », et les « Metalli », dans lesquels il utilise des matériaux et des techniques industrielles occupant l’espace physique.
Spazio Luce, présenté dans cette salle, tente d’annuler la distance entre la sphère esthétique et l’espace réel par le biais de l’élément dynamique que constitue la lumière : en effet la différence d’intensité lumineuse dynamise l’image en la projetant dans l’espace habité par l’observateur.
Dans
Filtro e rete, exposé dans la salle 17, l’interaction avec l’espace passe à travers un dosage de la lumière obtenu par la superposition de filets qui agissent comme des filtres lumineux. Comme on peut le remarquer dans les deux oeuvres, le travail de Lo Savio se distingue par une absence de matérialité, par une aura de légèreté, de froideur, d’essentialité ascétique qui semble proposer la gravitation de l’esprit comme filtre de la gravité de la matière.
“Cherchez l’extrême – c’est là que se trouve l’action” était le leitmotiv de
Lee Lozano (1930-1999), personnage centrale de la scène artistique newyorkaise des années soixante : que ce soir pour revoir conceptuellement sa recherche artistique ou de prendre des positions politiques subversives, à la limite du masochisme, cela constituait sa raison d’être et a marqué l’ensemble de sa vie et de son travail. Sa brève carrière a été marquée principalement par la critique virulente des discriminations dans le monde de l’art et des logiques machistes sur lesquelles il se fonde. Sa production, à mi-chemin entre minimalisme et art conceptuel, est constituée de peintures, de sculptures, de dessins, qui représentent souvent des outils tels que des tournevis, des boulons, des scies, des marteaux – les attributs modernes du pouvoir masculin (dix de ces oeuvres sont exposées à Punta della Dogana). En 1971, l’artiste s’engage dans une nouvelle action artistique (The Boycott Piece) qui constitue aussi un acte d’autodestruction : puisque les femmes ne détiennent aucun pouvoir, elle n’aura à faire qu’avec les hommes. Elle décide donc de ne plus adresser la parole aux femmes et, peu de temps après, se retire définitivement de la scène artistique. A Palazzo Grassi, Lozano est présente avec deux tableaux qui analysent les fondamentaux de la peinture abstraite. Ces travaux évoquent une irrépressible matérialité : les formes presque vectorielles qui les parcourent semblent de la matière solide, une concentration d’énergie pure. Le violet et le marron foncé rendus plus clairs par des touches de jaune brillant envahissent les toiles donnant une sensation de temporalité et une dimension spatiale qui s’étend pour inclure l’artiste et l’observateur.
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