Nan Goldin

Travaillant au départ sur un diaporama en perpétuelle évolution, Nan Goldin s’attelle un an plus tard à la création d’un livre de photographies intitulé The Ballad of Sexual Dependency (1985), dans lequel elle retrace sa vie et celle de ses amis (sa « tribu ») dans les années 1970 et 1980, marquées par la drogue, la fête, le sexe et la violence. Elle raconte son histoire à travers 900 clichés comme si elle tenait un journal ou composait un album de famille. De New York à Berlin, en passant par Londres et Boston, elle ne quitte jamais son appareil photo, qui est pour elle comme une extension de sa main. La plupart des photographies sont prises en intérieur avec un flash, donnant une sensation de confinement. Le facteur prédominant ici n’est pas tant la qualité technique de l’image mais plutôt le fil conducteur choisi par l’artiste : ce qui l’intéresse visiblement c’est de capturer des moments d’amour et d’intimité, de violence et de perte avec la plus grande sincérité possible. Nan Goldin a pris la photo exposée ici, Nan One Month After Being Battered, après une dispute avec son amant de l’époque, Brian. Son regard est dirigé droit sur l’objectif. Dans le cadre de son visage tuméfié et maquillé, la couleur intense de son rouge à lèvres fait écho à l’hémorragie de son oeil gauche blessé. Après cette photo – qui, comme le reste de la série, est un souvenir de faits réels –, Nan Goldin décide de changer de vie, met un terme à sa longue relation amoureuse et part en Europe, laissant derrière elle sa Ballad.