Ulrike Rosenbach

Ulrike Rosenbach se lance à l’assaut d’elle-même dans son rôle de l’Autre. Dans sa célèbre vidéo Ne croyez pas que je suis une amazone, elle se superpose à une reproduction de La Vierge au buisson de roses (vers 1450) de Stephan Lochner et tire 15 flèches sur le visage de la madone qui est aussi le sien. Dans cet acte d’auto-agression, Ulrike Rosenbach porte une tenue blanche d’amazone et décoche ses flèches, calme et concentrée, comme pour l’accomplissement d’un rite. Dans ce jeu de double rôle – une madone enfantine et douce et une amazone téméraire et dangereuse – elle étudie sa propre figure d’artiste : quelles sont les attentes de la société (des arts) envers elle et les rôles qu’elle lui attribue ? Comment les images des femmes à travers les siècles – mythiques, religieuses et contemporaines – se chevauchent-elles l’une l’autre ? Dans quelle mesure et depuis combien de temps les a-telle intériorisées ? Peut-elle encore y échapper ? Rosenbach explique ainsi son point de vue : « Je suis une madone. Je suis une amazone. Je suis une vénus. Je suis toutes ces femmes et aucune à la fois ». Lorsqu’elle réalise sa performance pour la première fois en 1975 à la Biennale des jeunes artistes de Paris, puis lorsqu’elle répète l’action pour son oeuvre vidéo, elle joue avec toutes les composantes du regard – autoréflexif, de l’homme et de la société. Au cours du processus, elle reprend le contrôle sur le regard qui l’observe tout en étant forcée inévitablement de le perdre.