Baroque, 2017

Ce tableau, inspiré d’une scène que l’artiste a vue d’un clown, la nuit, armé d’une batte de baseball, évoque un sujet devenu classique : celui du clown solitaire et menaçant qui fait mal aux enfants, personnage encore plus inquiétant et dangereux qu’un criminel « habituel ». Comme dans d’autres tableaux représentant des hommes violents (des nazis au cannibale Issei Sagawa), le contraste est très marqué entre l’habit aimable du personnage et ce que l’on imagine de ses intentions. Ce contraste est souligné par le jeu de lumières qui rappelle les tableaux noirs de Francisco de Goya, où le clown est entouré d’un halo de clarté très vive tandis que son ombre noire et sinistre se découpe nettement sur le mur. De plus, il regarde hors champ, ce qui renforce l’atmosphère angoissante de la scène parce qu’on ne sait pas qui il regarde ni ce qu’il va faire. Le traitement évoque aussi les films expressionnistes des années 30, notamment Freaks réalisé en 1932 par l’Américain Tod Browning. On peut également établir une correspondance avec l’artiste symboliste belge James Ensor (1860-1949), préfigurateur de l’expressionnisme qui a souvent représenté des personnages clownesques et carnavalesques en les caricaturant au point qu’ils deviennent monstrueux et effrayants, tout en étant ridicules. Passionné d’Ensor, Luc Tuymans a assuré le commissariat d’une exposition dédiée à cet artiste et intitulée « Intrigue » à la Royal Academy de Londres, en 2017.