Le Mépris, 2015

L’image de ce tableau est une prise de vue unique d’une maison culte : la villa que l’écrivain italien Curzio Malaparte (1898-1957) fit construire sur l’île de Capri par l’architecte Adalberto Libera entre 1938 et 1943, où il vécut et écrivit « La Peau » (1949), titre de notre exposition au Palazzo Grassi [en italien La Pelle]. C’est dans cette villa spectaculaire que Jean-Luc Godard tourna Le Mépris (1963), avec Brigitte Bardot et Michel Piccoli, inspiré du roman éponyme d’Alberto Moravia « Il disprezzo ». Comme beaucoup de cinéphiles, Luc Tuymans considère Le Mépris comme l’un des plus grands films de l’histoire du cinéma même si, dit-il, son tableau évoque avant tout le sentiment de mépris plutôt que le film lui-même. « Il y a tant d’éléments dans ce film : un élément mythologique, les sculptures grecques ; le tricolore de la France, bien que Godard soit suisse, et Curzio Malaparte, l’écrivain italien mégalomaniaque qui a revendiqué avoir personnellement construit la villa alors qu’en réalité, il avait un architecte, » nous dit Tuymans. Dans ce tableau, on voit une cheminée, mais le regard est également attiré par la fenêtre que l’on aperçoit derrière. Hormis le titre, rien ne nous indique que nous sommes dans la villa de Malaparte où, dans la réalité, chaque fenêtre ouvre sur un paysage méditerranéen enchanteur. Ici au contraire, point de luxe ni de vues spectaculaires. Seule cette lourde cheminée sans feu et cette fenêtre qui donne sur nulle part : peut-être une métaphore de l’amour éteint et qui ne mène à rien vécu par Bardot et Piccoli dans le film. Les couleurs évoquent la simplicité de l’architecture, qui a utilisé des matériaux simples comme le bois. Cela dit, au regard des images presque mythiques du film de Jean-Luc Godard et de l’histoire singulière de cette maison, de son aspect à la fois légendaire et moderniste voulus par l’écrivain et l’architecte, le tableau joue de la déception, autrement dit de la méprise.